L’aquaculture en Afrique de l’Ouest se trouve aujourd’hui à un tournant décisif. Alors que la production mondiale issue de l’élevage aquatique dépasse pour la première fois celle de la pêche de capture en 2022, la région ouest-africaine, riche en ressources naturelles et portée par une démographie en pleine expansion, reste l’une des zones au potentiel le plus inexploité de la planète.

Un continent sous-représenté dans la production mondiale
La production aquacole mondiale atteignait 130,9 millions de tonnes d’animaux aquatiques en 2022, selon le rapport SOFIA 2024 de la FAO. L’Afrique, dans son ensemble, ne représente que 1,9 % de ce total, avec environ 2,3 millions de tonnes produites — dont près de 70 % proviennent du seul Égypte, premier producteur continental.
Pourtant, depuis l’an 2000, le secteur aquacole africain a progressé de plus de 455 %, selon la FAO. Ce chiffre impressionnant cache une réalité plus nuancée : la croissance est concentrée sur quelques pays, et l’aquaculture en Afrique de l’Ouest pèse aujourd’hui environ 16 % de la production continentale, derrière l’Afrique du Nord mais devant l’Afrique de l’Est.
L’Afrique de l’Ouest : un tableau contrasté
Le Nigeria, locomotive de l’aquaculture en Afrique de l’Ouest
Le Nigeria est de loin le premier producteur d’Afrique subsaharienne et le moteur de la dynamique ouest-africaine. Véritable moteur de l’aquaculture en Afrique de l’Ouest, le pays affiche environ 152 000 tonnes de production annuelle et tire sa performance de l’élevage intensif de tilapia et de poisson-chat (Clarias gariepinus) en étangs, une technique bien maîtrisée par une filière privée structurée.
Le tilapia du Nil (Oreochromis niloticus) et le poisson-chat représentent ensemble 70 % du volume de production aquacole d’Afrique subsaharienne — des espèces bien adaptées aux conditions climatiques locales, à croissance rapide et acceptées par les marchés régionaux.
Le Ghana, modèle de structuration pour l’aquaculture en Afrique de l’Ouest
Le Ghana produit environ 7 150 tonnes par an, soit une part encore modeste, mais le pays fait figure d’exemple en matière de structuration de filière : l’aquaculture représente déjà 17 % de l’offre nationale totale en poissons. Le gouvernement ghanéen a lancé en 2023 un programme de 27 millions de dollars pour renforcer la production de semences, étape clé pour industrialiser la pisciculture.
Rabobank et la Global Seafood Alliance identifient d’ailleurs le Ghana parmi les cinq nouveaux relais de croissance aquacole en Afrique pour 2024-2025, aux côtés du Nigeria, de l’Ouganda, de la Zambie et du Zimbabwe.
Le Sénégal, un potentiel immense encore inexploité
Le Sénégal illustre parfaitement le paradoxe de l’aquaculture en Afrique de l’Ouest : plus de 500 km de côtes, un réseau hydrographique dense, des conditions climatiques favorables à l’élevage de nombreuses espèces marines et continentales — et pourtant, une production aquacole qui ne dépasse guère 1 500 tonnes par an, soit moins de 1 % de l’offre nationale totale de poissons.
Face à ce constat, le Sénégal a adopté en 2023 une stratégie nationale de développement de l’aquaculture sur dix ans (2023-2033), dotée de 129 milliards de FCFA (environ 197 millions d’euros). L’objectif affiché est ambitieux : atteindre 68 000 tonnes de production aquacole d’ici 2032. Un pôle aquacole dédié est prévu à Ndiaganiao, dans la région de Thiès, appuyé sur le partenariat public-privé.
La Côte d’Ivoire, entre ambition et structuration
La Côte d’Ivoire produit actuellement environ 5 000 tonnes par an, essentiellement du tilapia en étangs. Mais ses ambitions sont à la hauteur de son potentiel hydrographique : le pays vise 68 000 tonnes d’ici 2031. Une interprofession aquacole a été constituée en 2023 pour fédérer les acteurs privés et accélérer le dialogue avec l’État.
Les espèces à la base de la filière
L’aquaculture en Afrique de l’Ouest repose sur deux espèces dominantes :
- Le tilapia du Nil (Oreochromis niloticus) : espèce reine de la pisciculture africaine, plébiscitée pour sa croissance rapide, sa résistance aux maladies, sa facilité d’élevage et son excellent accueil sur les marchés locaux.
- Le poisson-chat africain (Clarias gariepinus) : très apprécié pour sa capacité à se nourrir de matière organique disponible localement, ce qui réduit les coûts d’alimentation et le rend accessible aux petits producteurs.
D’autres espèces sont en cours de développement — notamment les huîtres au Sénégal dans le delta du Sine-Saloum, les crevettes et certaines espèces marines — mais leur production reste marginale et essentiellement expérimentale.
Les défis structurels à surmonter
Malgré un potentiel réel, le développement de l’aquaculture en Afrique de l’Ouest se heurte à plusieurs obstacles structurels :
L’accès aux intrants. Les aliments pour poissons représentent 60 à 70 % des coûts de production en aquaculture intensive. L’essentiel de ces aliments est aujourd’hui importé, ce qui expose les producteurs aux fluctuations des taux de change et aux ruptures d’approvisionnement.
Le financement. L’accès au crédit reste difficile pour la majorité des aquaculteurs, souvent des PME ou des producteurs artisanaux. Les banques commerciales perçoivent le secteur comme risqué, faute de données fiables sur la rentabilité des exploitations.
Le transfert technologique. Les techniques d’élevage avancées — systèmes en recirculation (RAS), cages en mer, alimentation automatisée — sont encore peu répandues dans la région. La formation des techniciens et la diffusion des bonnes pratiques restent des défis majeurs.
Les cadres réglementaires. La législation aquacole est en cours de modernisation dans plusieurs pays (Sénégal, Côte d’Ivoire, Ghana), mais les procédures d’autorisation restent complexes et peu harmonisées à l’échelle sous-régionale.
Des perspectives encourageantes de l’aquaculture en Afrique de l’Ouest
Pour accélérer l’aquaculture en Afrique de l’Ouest, la FAO estime que des politiques ciblées, un transfert de technologie structuré et un investissement responsable pourraient transformer radicalement la donne pour l’Afrique. Les projections mondiales indiquent que la consommation de produits aquatiques devrait atteindre 21,3 kg par habitant en 2032 — une pression croissante sur des ressources halieutiques sauvages déjà surexploitées.
Dans ce contexte, l’aquaculture en Afrique de l’Ouest n’est plus une option : elle devient une nécessité stratégique pour garantir la sécurité alimentaire d’une région dont la population devrait doubler d’ici 2050. Avec ses ressources en eau, ses côtes et sa demande intérieure en forte croissance, la région dispose de tous les atouts pour devenir un pôle aquacole de premier plan — à condition d’accélérer les investissements, de renforcer les compétences et de structurer les filières. Le SIAq 2026 s’inscrit précisément dans cette dynamique, en réunissant à Dakar les acteurs clés du secteur. Découvrez comment participer en tant qu’exposant.

Sources : FAO — La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture 2024 (SOFIA) · Rabobank / Global Seafood Alliance (2023) · Ministère des Pêches du Sénégal · Ministère des Ressources Animales et Halieutiques de Côte d’Ivoire.



